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La hijra (émigration) de 1845

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1 La hijra (émigration) de 1845 le Mer 1 Avr - 20:59

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Ce phénomène a de quoi nous instruire, non seulement sur les violences de la guerre d’Algérie elle-même, mais sur l’ensemble du système colonial, dont celle-ci n’a été que la crise terminale. Il faut en effet le rappeler: c’est dès les débuts que la conquête provoque des migrations massives.



Emigrations successives en Oranie

La hijra (émigration) de 1845

Bornons-nous toujours à l’exemple du Tell oranais: les Beni ‘Amer (régions de Tlemcen et Bel-Abbès), et les Hachem (région de Mascara), dont le jeune Abd-el-Kader Ben Mohieddine est originaire. Depuis plusieurs siècles ces confédérations jouent un rôle prépondérant dans l’histoire du Maghreb central. Vers 1835 leurs populations sont estimées respectivement à plus de 50.000 et à 70.000 h [1]. Lorsque Bugeaud envahit en 1836 leurs territoires, il ne rencontre pas de résistance armée, mais -- écrit-il lui-même -- pour inspirer une saine terreur il pille et brûle tout sur son passage. À partir de 1840, quand la guerre reprend, c’est cette fois Lamoricière qui pratique chez eux la razzia la plus impitoyable [2]. “On tue, on égorge...eh bien, on arrive à regarder tout cela avec une sèche indifférence qui fait frémir“ (Montagnac, Mascara, mars 1842) [3].
Aussi en 1845, quand l’Émir se replie définitivement, c’est la panique: les souvenirs des horreurs subies depuis 1836 sont encore frais. Quelques tribus proches des montagnes et des Hautes-plaines (p. ex. Oulad en-Nhar, Hamyan Gharaba) s’y réfugient, pourchassés par l’armée française; mais la plupart des Beni ‘Amer et des Hachem s’enfuient au Maroc. C’est “la grande émigration“: 1200 tentes, 25 000 personnes, selon les Bureaux arabes eux-mêmes; avec moutons, chevaux, chameaux. Ils s’en vont au Maroc oriental d’abord, mais cette région déjà pauvre ne peut accueillir une telle masse: ils continuent sur la région de Fès. Quelques-uns iront jusqu’au Rharb: cinq cents km! Quel Delacroix viendra les peindre ? Quelle superproduction décrira leurs épreuves, leur ténacité ? [4].
Qu’à cela ne tienne: “Lorsqu’il plaît à une partie considérable d’une population quelconque d’abandonner terres et maisons sans en disposer par vente ou loyer pour aller vivre sous une domination étrangère, l’État doit-il, par un respect exagéré pour le droit de propriété, laisser un sol immense en friche perpétuelle ?... Cessons par conséquent de nous préoccuper des Arabes“ [5]. En 1846 leurs terres sont mises sous séquestre. Les fugitifs finissent par revenir en 1848-50, du moins “en grande partie“; mais ils sont désormais occupants précaires [6].Quelques-uns essaient de vendre leurs terrains au rabais, en cachette. Mais d’année en année les villages de colonisation s’étendent, sur leurs meilleures terres: Négrier, Bréa, Bel-Abbès (1849); St André de Mascara, St Hippolyte, Saf-saf, Mansoura (1850); Hennaya, Oued-el-Hammam (1851); Sidi Ali Ben Youb (1854); Prudhon, Sidi Lahssen (1856); Perrégaux, Ténira (1858); Ouled Mimoun (1859) ...



L’Histoire relève de nombreuses autres migrations, moins spectaculaires, au fil des années, des révoltes et des répressions (cf carte): Ouled Sidi Cheikh vers le Maroc (1864-1881), Tlemcéniens vers le Moyen-Orient (1911).

- Ainsi, de 1830 à 1962, de la frontière occidentale à l’orientale, c’est l’ensemble du système mis en place qui est en cause. Il n’impliquait pas seulement une conquête militaire avec ses violences, mais nécessairement aussi l’implantation unilatérale et forcée d’un nouveau type d’économie, toute une mutation des structures sociales, la rupture des équilibres existants, la diffusion de nouveaux modèles de comportement; et, comme préalable à tout cela, la mobilité obligée des populations concernées.
- Cette mobilité obligée, avec ses conséquences désastreuses, est loin d’être terminée: le cas particulier que nous traitons ici aide à mieux comprendre quelques-uns des problèmes d’aujourd’hui: émigration / immigration. Dans le monde réel, on n’est pas comme dans un grand film: pas de miracles.

“Chez nous y a pas d’Moïse / La mer(d’) va pas s’écarter“ (IAM, “Rêves“)



[1] Marcel, J.-J., "Tableau statistique des principales tribus du territoire de la province d'Oran", in Journal asiatique, vol. 16, 1835, p. 82 : respectivement 12.000 et 15.000 hommes en armes, dont un tiers de cavaliers.
[2] Azan (colonel P.), L'Émir Abd-el-Kader, Paris, 1925, p. 86; Tableau des établissements français en Algérie, 1840.
[3] Lettre citée in Ch. -A. Julien, Hist. de l'Algérie contemporaine, t.1, p. 319. Encore en septembre 1848 le capitaine Lafaye décrit la barbarie de ses troupes dans l'incendie et le pillage du village de Khemis, chez les Beni Snous, au S. de Tlemcen, avec meurtres de vieillards, femmes et enfants (lettre, ibidem).
[4] Rapport de la commission de colonisation, juin 1855 (CAOM, 2M88). Dossier sur l'émigration des B.Amer, CAOM, 1H/6. Il reste encore actuellement dans le Rharb des tribus dont l'origine algérienne est connue, ayant fui à diverses étapes de la conquête française : Mlaïna (<Miliana), Ben Aouda (<Flitah, rég. Tiaret), Od Sidi Cheikh (S. oranais). Les premiers sont à peu près dans le secteur où séjournèrent les Hachem et les B. Amer (J. Le Coz, Rharb : fellahs et colons, t.I, p. 239, 252-253).
[5] Arch. Minist. de la Guerre, doss. 227, cah. 8, 1839 ; cité in Launay, Paysans algériens: 125-126. C'est la politique définie quelques années plus tôt par Bugeaud : "Partout où il y aura de bonnes eaux et des terres fertiles, c'est là qu'il faut placer les colons, sans s'informer à qui appartiennent les terres" (Discours, Chambre des députés, 14 mai 1840). M. Launay (op. cit.) note que ce général formule, avec plus d’un siècle d’avance, la théorie des “biens vacants“ de 1963.
[6] C.A.O.M., 3M227; Notices historiques, op. cit., p. 1316.




Dernière édition par Admin le Mer 1 Avr - 21:32, édité 1 fois (Raison : correction)

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